Un récit sur un héros gai et violent

Un récit narratif homosexuel et violent

Tuer Larry ou la violente revanche des gais

Je vous propose ici un récit narratif rédigé dans le cadre d’un de mes cours à l’Université de Montréal. C’est un fantasme d’écriture que je caressais depuis quelques semaines. Voilà ainsi ma première histoire mettant en vedette un héros gai, ninja et assassin d’homophobes en prime. Bonne lecture!

Appuyés contre le cadre de porte de sa chambre, ses enfants Rose et Stephen le regardaient préparer sa valise. Jack Jinx, un assassin professionnel « pigiste » menant des missions périlleuses pour des LGBT — missions qui risquaient toujours de lui coûter la vie –, se préparait pour l’épreuve la plus dangereuse de sa carrière. Il devait libérer Johnny Cocker, son conjoint et deuxième père de ses enfants, des mains du terrible Larry Strait, un pasteur évangélique très homophobe. Ce dernier gardait Johnny emprisonné dans le donjon de sa riche demeure et voulait le tuer. Après avoir fini de préparer ses bagages, Jack alla reconduire ses enfants chez sa sœur Lana puis se rendit à l’aéroport de Los Angeles. Il prenait un avion pour San Antonio, au Texas, prêt à affronter et à éliminer le terrible Larry Strait.

ninja-gai-tuer-larry-revanche-lgbt-homosexuelsRevenons en arrière. Jack Jinx, ce grand homme de 30 ans  ̶  blond, yeux bleus, un physique sculpté  ̶  évoluait dans la violence depuis l’âge de sept ans, et ce, à la suite de l’assassinat de ses parents par un baron de la drogue mexicain. Ayant vengé la mort de ses parents en empalant ce baron sur un katana bien aiguisé, il suivit par la suite un entraînement cruel et inhumain composé de diverses formes d’arts martiaux chinois et japonais (karaté, ninjutsu et ju-jitsu), de gymnastique, d’espionnage, de natation et de combats militaires durant l’adolescence. À 18 ans, il devint un guerrier hors pair doté d’un physique d’athlète olympique et l’un des tueurs les plus redoutables au monde. Devenu un ninja, il maniait avec expertise diverses armes blanches japonaises ̶ des saïs, des katanas, des étoiles shuriken et des couteaux kyoketsu shoge ̶ ainsi que divers poignards et des revolvers. À 20 ans, il devint un assassin professionnel « pigiste » pour le compte de particuliers et d’associations LGBT à travers le monde : il liquidait leurs opposants homophobes particulièrement violents au cours de missions périlleuses desquelles il sortait presque toujours sans blessures importantes.

Pourtant, malgré son « travail » et son quotidien marqués par la violence depuis l’enfance, Jack rêvait de douceur et de stabilité auprès d’un homme qui pouvait l’aimer pour qui il était et qu’il pouvait aimer en retour. Son vœu s’exauça lorsque, à 25 ans, il rencontra Johnny Cocker. Ce dernier était un séduisant informaticien de 32 ans au physique délicat et bien proportionné aux cheveux bruns et aux yeux verts. Travaillant pour une école secondaire de Pasadena, en Californie, il chérissait un mode de vie simple axé sur le bonheur, l’honnêteté, la stabilité et la famille. Jack et Johnny tombèrent amoureux l’un de l’autre. Un an après leur rencontre, ils se marièrent et adoptèrent deux enfants sénégalais, un garçon et une fille prénommés respectivement Stephen et Rose. Tout ce beau monde vivait dans la quiétude malgré les risques associés au métier violent et dangereux de Jack.

La quiétude de la famille de Johnny et Jack vola en éclats lorsque la plus récente mission de ce dernier échoua. En effet, de l’association Gaysninja-gai-tuer-larry-revanche-lgbt-homosexuels-2 For Freedom, un lobby gai très puissant aux États-Unis, il reçut le mandat d’occire Larry Strait, un riche pasteur évangélique de 54 ans, petit et chauve, dont la profonde haine des LGBT puisait dans sa foi conservatrice et son fondamentalisme religieux. Il avait fondé No Rainbows, une Église très homophobe et puissante au Texas. Elle avait froidement fait assassiner deux des membres les plus influents de Gays For Freedom. Débusqué par des espions à la solde de l’Église  pendant sa mission, Jack parvint à s’enfuir avant d’être capturé par les sbires du pasteur Larry. Ayant été informé de la mission ratée de l’assassin gai Jack, ce dernier jura de lui faire payer, à Jack et sa famille (dont il apprit l’existence en même temps), cette tentative d’assassinat avortée contre sa personne. Par conséquent, il chargea ses informateurs personnels de dénicher le lieu où habitait le ninja tueur, ce qui s’avéra une tâche aisée. Il dépêcha six de ses douze mercenaires à Los Angeles dans le but de nuire à la famille de Jack Jinx. Parvenus à sa maison, les mercenaires décidèrent d’y entrer tout bonnement en sonnant à la porte.

Johnny était seul à la maison puisqu’il y travaillait cette journée-là. Jack magasinait et les enfants étaient à l’école. Depuis la mission ratée, Johnny pensait à tort que le pasteur Larry Strait ne chercherait pas à se venger de Jack et croyait leur famille en sécurité. Il avait commis une erreur de jugement grave puisque, seul à la maison, il avait ouvert nonchalamment la porte aux mercenaires du pasteur qui le kidnappèrent illico presto. Pendant ce temps, Jack terminait son magasinage lorsqu’il reçut un courriel intrigant sur son iPhone. Il y découvrit un message qui lui glaça le sang : « Bonjour petite pédale tueuse. Au moment où je t’écris, mes hommes ont enlevé ton copain et me l’emmènent. C’est la conséquence pour avoir tenté de me tuer. Dieu m’a recommandé que tu te rendes à moi avec ton pédé de copain. Si tu ne t’exécutes pas, je lui fais sauter la cervelle et il ira en Enfer. Tout comme toi. Je t’attends avec impatience. À bientôt ! » Il n’en fallut pas plus pour mettre Jack hors de lui, se maudissant au passage pour ne pas avoir mieux assuré la protection de sa famille depuis sa tentative de meurtre raté contre ce Larry Strait. Il retourna chez lui en allant chercher ses enfants à l’école. Déterminé à liquider ce sale homophobe afin de libérer son Johnny, il saurait mettre un terme au régime de terreur de son Église à l’endroit des LGBT à travers les États-Unis.

Le lendemain, fraîchement débarqué de Los Angeles à San Antonio, au Texas, Jack Jinx réserva la chambre 507 (son nombre fétiche, lui qui est très superstitieux) à l’hôtel Best Western du centre-ville. Il ne désirait qu’une chambre modeste pourvue du strict minimum : un lit double pourvu d’un matelas confortable, un bureau de travail sur lequel déposer son katana et ses saïs, un téléphone et une salle de bains. Il séjournait dans un grand hôtel au lieu d’un motel, et ce, afin d’éviter d’attirer les regards des sbires de Larry Strait et des membres de son Église.

ninja-gai-tuer-larry-revanche-lgbt-homosexuels-3Aussitôt arrivé à sa chambre, Jack songea à la manière de s’introduire chez le pasteur pour le tuer et délivrer son amoureux Johnny, mais il se butait à un obstacle majeur. Il devait réussir à contourner les pièges tendus par Larry Strait; il avait échoué sa dernière mission contre lui en raison de son manque de précautions. Cette fois, il devait recevoir de l’aide pour mener sa quête à terme. Il pensa à Barbie Butcher, une femme noire lesbienne de 30 ans et ex-soldate devenue tueuse à gages. Elle possédait un physique très imposant et une personnalité intrépide, en plus de se vêtir comme un homme. Experte dans les techniques d’auto-défense et dans le maniement des armes à feu, elle pouvait flanquer une raclée à n’importe quel homme costaud et armé. Après un bref échange au téléphone, Jack et Barbie se donnèrent rendez-vous dans sa chambre d’hôtel. La tueuse manifesta son désir de participer à la mission de l’assassin après que celui-ci lui eut exposé son histoire. Ensemble, ils échafaudèrent un plan pour parvenir à pénétrer le domaine du pasteur : forcer la grille du domaine, éliminer ses mercenaires et quiconque se trouvant sur leur chemin et, par la suite, Jack irait tuer Larry et délivrer son Johnny. Ils prévirent exécuter ce plan la journée suivante lorsqu’ils allaient se rejoindre à leur lieu de rencontre situé près de la grille donnant accès au domaine du pasteur Larry.

Le jour d’après, Barbie et Jack se retrouvèrent à l’endroit prévu, soit un garage situé à quelques pâtés de maison du domicile de Larry. L’ex-soldate avait emmené quelques unes de ses anciennes consœurs de l’armée en guise d’aide supplémentaire. L’opération se déroula comme il fut prévu : Jack, Barbie et ses copines ex-militaires firent sauter la grille et affrontèrent les mercenaires de Larry postés sur le terrain du domaine; la tueuse et ses copines utilisèrent leurs poings et leur arsenal d’armes à feu, tandis que Jack se servit de ses talents de ninja ainsi que de son revolver et de ses saïs pour se débarrasser de ces encombrants mercenaires l’empêchant d’accéder à Larry Strait.

ninja-gai-tuer-larry-revanche-lgbt-homosexuels-4Pendant que les combats entre Barbie et ses congénères ainsi que les mercenaires se poursuivirent, le tueur gai s’introduisit dans la luxueuse maison du pasteur, grâce à ses étoiles shuriken qu’il lança dans la vitre de la porte-patio de sa large terrasse pour la briser en mille morceaux. Malgré le déclenchement du système d’alarme, Jack parcourut la vaste demeure pour trouver Larry Strait au plus vite. Il le trouva dans son immense donjon, alors qu’il s’apprêtait à torturer le pauvre Johnny. Ce dernier était  attaché contre une chaise avec des fils barbelés et était incapable de parler à cause d’une boule placée sur sa bouche et maintenu par des sangles.

–          Je t’attendais, petite pédale tueuse. Je m’apprêtais à tuer ton copain pour ensuite t’éliminer à ton tour. Je dois expier vos péchés de sodomite à tous les deux, lança Larry.

–          Sale fils de pute! Je vais vous liquider avant que vous touchiez à mon chéri, hurla Jack.

Sur ces mots, il projeta ses deux saïs en direction du pasteur. Toutefois, il ne savait pas que Larry maîtrisait parfaitement les techniques du ninjutsu. Il vit le pasteur esquiver ses saïs qui se fracassèrent contre le mur de pierres du donjon. Aussi dégaina-t-il son katana, prêt à affronter le pasteur dans un duel sans merci.

–          Si tu veux jouer au samouraï, accepte de mourir comme un samouraï, sale pédé, se moqua Larry.

–          Je vais vous tuer et dissoudre votre Église de merde, rétorqua Jack.

Armés de leurs katanas respectifs, le pasteur et l’assassin se livrèrent à un duel impitoyable durant lequel ils s’infligèrent des blessures sérieuses. Faisant fi de la douleur et du sang s’échappant de leurs plaies, les protagonistes continuèrent le combat jusqu’à ce que, dans un ultime mouvement de katana, Jack réussisse à couper à tête de Larry. Après s’être délecté de sa victoire, Jack s’empressa de libérer Johnny en défaisant ses liens.

–          Mon chéri! Je suis si content de te retrouver! Excuse-moi, éructa Johnny entre deux sanglots de joie.

–          C’est à moi de m’excuser auprès de toi pour avoir failli à ta sécurité et à celle des enfants en raison de mon métier dangereux, le rassura Jack.

ninja-gai-tuer-larry-revanche-lgbt-homosexuels-5Après ces retrouvailles émouvantes, les amoureux partirent retrouver Barbie et ses amies qui avaient massacré la petite armée personnelle du pasteur et des membres de l’Église venus prêter main forte à cette dernière. Ils retournèrent tous ensemble en Californie, non sans avoir tous reçu des soins médicaux.

Finalement, une semaine après la mort du pasteur Larry Strait, l’Église évangélique No Rainbows implosa à cause d’une querelle surmédiatisée entre ses membres pour savoir qui allait succéder au défunt pasteur. Devant cela, tous les LGBT à travers les États-Unis poussèrent un soupir de soulagement, affirmant que les crimes homophobes de cette organisation à leur encontre appartenaient désormais au passé. Du côté de Johnny et Jack, ce dernier cessa son métier d’assassin professionnel, déménagea sa famille en Alaska en procurant, à chacun de ses membres, une nouvelle identité. Ainsi se termina la vie violente de Jack Jinx. Il allait enfin goûter à une existence paisible en tant qu’époux et père d’une famille homoparentale, comme il le souhaitait.

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« Montréal : métropole congestionnée » à la Maison du développement durable

La congestion à Montréal

Propositions pour désengorger le transport à Montréal

Mardi le 26 février a eu lieu une conférence sur le thème « Montréal : métropole congestionnée » à la Maison du développement durable. Rassemblant des panélistes du milieu des transports en commun et de l’environnement, cette rencontre a servi de point de départ sur l’adoption de stratégies communes sur le développement du transport collectif afin de désengorger le réseau routier à Montréal.

Anders Turgeon

conference-montreal-metropole-congestionnee-maison-developpement-durable-transports-collectifs-environnement-societe-montreal« Chaque matin, des centaines de milliers d’automobilistes pestent dans les bouchons de circulation. […] Pendant ce temps, les Montréalais, aux prises avec un réseau de transports collectifs plein à craquer, voient défiler des métros et des autobus bondés et attendent impatiemment leur tour. L’économie s’en ressent, tout comme la qualité de vie des citoyens. »

C’est avec ce préambule que la Maison du développement durable introduit cette conférence-midi. N’est-ce pas le problème de la plupart des habitants de Montréal et ses environs d’être pris dans une congestion touchant à la fois le trafic routier et les transports en commun lorsque vient le temps de se déplacer?

Pour discuter de la problématique de la congestion routière dans la grande région montréalaise, quatre panélistes ont été invités afin de s’exprimer sur le sujet :

  • Nicolas Girard, président-directeur général de l’Agence métropolitaine de transport (AMT);
  • Bernard Bigras, directeur du développement durable à la Ville de Longueuil;
  • Michel Labrecque, président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal (STM);
  • Coralie Deny, porte-parole de TRANSIT, L’Alliance pour le financement des transports collectifs au Québec.

La discussion a été animée par Hugo Séguin, conseiller et porte-parole en matière de dépendance énergétique chez Équiterre.

Améliorer les transports collectifs

D’entrée de jeu, les quatre panélistes présents se sont tous entendus pour affirmer qu’ils ne voient pas le développement du réseau routierconference-montreal-metropole-congestionnee-maison-developpement-durable-transports-collectifs-stm-environnement-societe-montreal métropolitain comme solution face aux perpétuels embouteillages. Dans sa présentation PowerPoint, Michel Labrecque a prétendu que la création ou l’élargissement des routes montréalaises ne ferait qu’accroître le nombre de véhicules sur celles-ci.

À l’instar des autres présentateurs du panel, M. Labrecque a préconisé l’amélioration de l’offre dans les transports collectifs de la région de Montréal. Plusieurs projets, à court ou à long terme, ont été mis de l’avant par les panélistes:

  • le Train de l’Est par l’AMT;
  • le renouvellement des wagons du métro de la STM;
  • l’ajout de nouvelles voies réservées sur les grands axes routiers;
  • l’aménagement du Service rapide par bus (SRB) sur le boulevard Pie-IX;
  • le prolongement des lignes de métro bleu, orange et jaune;
  • l’implantation du tramway au cœur de Montréal;
  • l’installation d’un train léger sur rails sur le nouveau pont Champlain à construire;
  • etc.

Dans le même esprit, les quatre panélistes veulent améliorer la rapidité et la fiabilité des différents modes de transport collectif de la région de Montréal.

Payer ces projets en transport collectif

Comment financer ces solutions face à la problématique de la congestion routière à Montréal? En réponse à cette question posée par Hugo Séguin, les quatre panélistes se sont entendus sur la nécessité de diversifier les sources de financement de ces projets.

Parmi ces solutions, faire payer les automobilistes. « Une augmentation de la taxe sur l’essence à cinq cents sur l’île de Montréal pourrait générer des revenus de 170 millions $ pour les transports collectifs », a estimé Coralie Deny. Elle soutient aussi que les automobilistes pourraient contribuer à l’approvisionnement d’un fonds vert à travers diverses sources de financement comme :

  • les péages sur les ponts;
  • l’instauration d’une nouvelle taxe sur l’essence;
  • la hausse des droits d’immatriculation.

Mais les panélistes ont également estimé que les automobilistes ne devraient pas être les seuls à injecter de l’argent pour payer les développements à venir du transport en commun métropolitain. « Montréal seule n’a pas les moyens de ses ambitions pour le transport collectif. Il faut que tous les paliers de gouvernement participent », a fait valoir M. Labrecque.

Reste à voir si ces projets pour décongestionner le réseau routier montréalais auront l’effet escompté, car ceci représente un projet sur le long terme. Il reste maintenant à démontrer aux habitants de la région de Montréal qu’utiliser les transports en commun seraient plus avantageux que de prendre la voiture afin de contribuer à la diminution de la congestion routière montréalaise.

Citations tirées de la présentation de la conférence sur le site web de la Maison du développement durable et d’un article de TVA Nouvelles.

Voir l’article publié, à l’origine, sur le blog de Raymond Viger.

Mylène Lavoie et le conte

Art et santé mentale

Mylène Lavoie : le conte dans l’abîme et les émotions

Mylène Lavoie est une conteuse amateure de 36 ans. Sa vie est marquée par la maladie mentale depuis l’enfance. Même si elle est aux prises avec le trouble de la personnalité limite, rien ne l’empêche d’évoluer tranquillement dans le monde du conte, un art qu’elle manie avec brio.

Anders Turgeon

mylene-lavoie-conte-conteuse-art-culture-trouble-personnalite-limite-sante-mentaleMylène vit une douleur constante à cause du trouble de la personnalité limite. Appelée fréquemment le trouble borderline, cette maladie mentale est caractérisée par une grande intensité et une grande variation dans les émotions ainsi qu’une instabilité de la personnalité. «C’est comme des montagnes russes d’émotions en une couple d’heures. Mes proches me considèrent hystérique. Mon trouble me fait souffrir et je me réfugie dans la boisson, le sexe, des relations pas satisfaisantes et des comportements impulsifs», révèle-t-elle.

L’enfance et l’adolescence troubles de Mylène

La maladie mentale de Mylène trouve son origine dans sa jeunesse. «J’ai grandi avec une mère schizophrène, une grand-mère très protectrice, un père absent et une sœur plus jeune que moi qui me maltraitait. On me faisait sentir que je ne pouvais pas être capable de grandes choses», déclare-t-elle.

Isolée par son milieu familial, elle se réfugie dans les livres. «Je me suis toujours sentie différente. J’ai passé ma jeunesse dans les livres. Je vivais beaucoup dans ma tête et je n’ai pas développé mon côté social», raconte-t-elle. À défaut d’avoir des amis, elle a développé son imagination grâce à sa passion naissante pour la littérature.

Fragilisée psychologiquement par son environnement, Mylène s’effondre à 17 ans. Ses craintes incessantes et son anxiété l’ont menée à une dépression et une psychose, lesquels l’ont conduit à l’hôpital.

L’insécurité, la découverte du conte et son diagnostic

À la suite de son hospitalisation, Mylène a connu une longue traversée du désert avant de recevoir un diagnostic de trouble de la personnalité limite. «J’ai fait mes études et je me suis trouvé un emploi que je n’ai pas gardé longtemps. Je me suis fait quelques amis. N’empêche que je me sentais seule chez moi et je pleurais fréquemment», avoue-t-elle.

Alors qu’elle doit composer au quotidien avec les hauts et les bas de son trouble psychologique, elle découvre l’art du conte. «Je travaillais pour une entreprise familiale lorsque j’ai pris des cours de soir sur le conte au défunt organisme La Vingtaine. J’ai beaucoup aimé ces cours et j’ai eu la piqûre», raconte-t-elle.

Mylène a fait ses premiers pas de conteuse sur scène durant l’événement Cégeps en spectacle à 20 ans. Bien qu’elle ne gagne pas sa vie avec le conte, elle enchaîne les spectacles à un rythme régulier dans des petites salles et des cafés et elle prend régulièrement part aux soirées du Cercle des conteurs de Montréal.

Et son diagnostic de trouble de la personnalité limite arrive à l’âge de 33 ans. «Mon agente d’Emploi-Québec a voulu me référer à un programme de pré-employabilité avec un volet en santé mentale. Elle voulait aussi me faire voir un psychiatre. Elle trouvait que je n’avais pas des réactions « normales », avoue-t-elle. Contrairement aux médecins généralistes qu’elle a consultés, un psychiatre a été en mesure de lui diagnostiquer son personnalité limite.

Le conte pour contrer son état limite

Consciente d’être à la merci de son intensité et de ses émotions, elle entreprend d’utiliser ces deux facettes de son trouble mental pour les mylene-lavoie-conte-art-culture-sante-mentale-trouble-bordelinetransposer dans ses contes. «J’éprouve toujours un sentiment de vide. Je le comblais par toutes sortes d’excès. Maintenant, je suis en mesure de le satisfaire à travers mon imaginaire dans la création de mes contes. Les écrire me donne l’espoir que les choses peuvent aller mieux dans ma vie», raconte-t-elle.

Elle monte ses spectacles pour que les gens soient immergés dans ses histoires à travers ses personnages. «J’utilise l’intensité de mes émotions pour donner vie à mes personnages. Les spectateurs embarquent ainsi dans mes histoires même si leur niveau d’enthousiasme peut varier. Être en interaction avec un public comble un besoin de reconnaissance que je n’ai jamais eu étant plus jeune», confesse-t-elle.

Pour créer ses histoires, elle puise dans l’univers des contes européens, le fantastique et le côté sombre de l’humain. «Mes contes sont peuplés de sorcières, de fées et d’autres créatures fantastiques. La jalousie se retrouve aussi dans mes histoires tout comme la mort et la vengeance. La spiritualité, le bien et le mal, la morale et les embûches de la vie sont des valeurs transparaissant également dans mes contes. Elles sont très importantes à mes yeux. Mes contes ont tous un important aspect autobiographique», conclut-elle.

À présent, Mylène a plusieurs projets en tête. Elle souhaite être encadré professionnellement. Elle prépare aussi un spectacle de conte incluant une exposition de photos avec des poèmes. Nous pouvons lui souhaiter de vaincre les démons de son trouble de personnalité limite et de faire carrière en tant que conteuse, tout comme Fred Pellerin.

Voir l’article publié, à l’origine, sur le blog de Raymond Viger.

Un homosexuel peut-il immigrer au Canada?

Homosexualité et immigration

Fuir son pays pour mieux vivre son orientation sexuelle

Dans le documentaire « Une dernière chance », nous suivons Zaki Sayid, un homme gai d’origine égyptienne, dans son quotidien à Montréal. À l’image des quatre autres protagonistes du documentaire, il a fui son pays d’origine puisqu’il y était persécuté en raison de son orientation sexuelle.

Anders Turgeon

derniere-chance-documentaire-paul-emile-homosexualite-immigration-orientation-sexuelle-immigrant-homosexuel-homophobieZaki Sayid est un jeune homme gai originaire d’Égypte dont l’existence se déroule maintenant à Montréal. Son récit débute dans les prisons égyptiennes, où il a été incarcéré en raison de son orientation sexuelle, pour se terminer au Canada. En 2002, par souci de faire respecter les « bonnes mœurs », le gouvernement égyptien se lance dans une campagne de répression contre les homosexuels. Zaki fait partie des victimes de cette répression.

Arrêté pour « débauche »

À la faveur d’une séance de clavardage sur un site web pour gais, Zaki obtient un rendez-vous avec un inconnu au Caire, la capitale égyptienne. Mais cet inconnu étant un policier, il se fait arrêter sur place. Après un interrogatoire dans un ascenseur, il subit un procès de cinq minutes au cours duquel il est condamné à 3 ans de prison et 3 ans de liberté surveillée.

Aussitôt sa condamnation annoncée, il est incarcéré dans un pénitencier surpeuplé. « J’ai été amené dans une prison où nous étions 250 personnes entassées dans un local grand comme une salle de classe. Nous devions dormir recroquevillés sur nous-mêmes et j’étais la cible d’insultes homophobes », relate-t-il.

Ayant été torturé lors de sa détention, Zaki préfère ne pas élaborer là-dessus. Ni même sur les exécutions matinales de condamnés à mort ayant lieu à côté de sa cellule. Mais sa gorge se noue et des larmes coulent le long de ses joues lorsqu’il évoque le moment où sa famille a tenté d’entrer en contact avec lui. « Je ne pouvais pas parler à ma famille et elle ne pouvait pas me rejoindre. C’était horrible », se rappelle-t-il entre deux sanglots.

Libéré grâce à l’intervention d’Amnistie Internationale

Pendant que Zaki est emprisonné, ses amis parlent de son cas à Amnistie Internationale. Avec son réseau consacré à la protection des droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transsexuelles (LGBT), l’organisation travaillait déjà à la libération des homosexuels égyptiens avec le concours de Human Rights Watch.

Une campagne est aussitôt lancée et prend la forme de l’envoi de lettres de soutien, écrites par les militants d’Amnistie, pour les prisonniers égyptiens. La campagne inclut également l’envoi de lettres, pré-écrites par Amnistie Internationale, à l’endroit du président de l’Égypte Hosni Moubarak.

Selon Zaki, cette campagne contribue à le faire libérer. « Aux trois quarts de ma sentence, les autorités carcérales m’ont dit que je pouvais sortir à cause de ma bonne conduite. Mais je sais très bien que c’est plutôt à la suite des pressions internationales », plaide-t-il. Il bénéficie ensuite d’une semi-liberté durant laquelle il passe ses nuits dans un poste de police du Caire.

L’exil au Canada

Totalement libéré en janvier 2006, il ne se sent pourtant pas à l’aise de retourner dans sa région natale en Égypte. Son homosexualité ayant été révélée dans la foulée de la campagne d’Amnistie Internationale, sa famille insiste néanmoins pour qu’il mène une vie hétérosexuelle. « Lorsque je téléphone en Égypte, mes parents mettent continuellement de la pression sur moi pour que je trouve une femme avec qui me marier et fonder une famille », constate-t-il.

Zaki prend ainsi la décision d’émigrer au Canada en 2006 afin de bien vivre son homosexualité sans être inquiété par les autorités. Il aboutit à Montréal où il réside depuis ce temps. À la suite de ses démarches auprès de l’immigration, il obtient son statut de réfugié en 2007 sur les bases de l’histoire de son incarcération. Il fait ensuite des études à l’université Concordia où il obtient un baccalauréat en informatique.

Même s’il est en mesure de vivre librement son homosexualité au Canada, il s’ennuie quelquefois de son Égypte natal. Puisqu’il a immigré seul dans sa nouvelle patrie, il ne peut compter sur la présence immédiate de membres de sa famille. « Je m’ennuie de mes parents et de mes autres proches. Même si j’ai toujours peur de me faire rejeter par ceux-ci parce que je suis gai », confesse-t-il.

Les ressources LGBT montréalaises pour Zaki ne manquent pas. Il est impliqué dans Helem, une organisation pour gais et lesbiennes du Liban, qui aide également les homosexuels d’autres pays du Moyen-Orient dont l’Égypte. Il est ainsi en mesure de se créer une deuxième famille au sein de cet organisme.

Le documentaire « Une dernière chance »

Outre l’histoire de Zaki, le documentaire « Une dernière chance » suit quatre autres immigrants LGBT dans leur quête pour immigrer audocumentaire-une-derniere-chance-homosexualite-immigration-orientation-sexuelle-immigrant-homosexuel-homophobie Canada. Persécutés dans leur pays d’origine en raison de leur orientation sexuelle ou de leur changement d’identité sexuelle, ils espèrent trouver générosité et soutien dans leur nouvelle patrie.

À travers le suivi du quotidien des cinq demandeurs d’asile, des avocats et des associations communautaires LGBT témoignent en leur faveur. Ils se mobilisent également pour leur venir en aide. Parmi ces avocats et ces associations, il est possible de retrouver Noël St-Pierre, avocat spécialisé dans les causes relevant de l’immigration et des minorités sexuelles.

Produit par l’Office national du film du Canada (ONF), « Une dernière chance » est signé par le cinéaste acadien Paul-Émile d’Entremont. Ce dernier se spécialise dans les documentaires sur la quête identitaire et l’émancipation des individus.

Voir l’article publié, à l’origine, sur le blog de Raymond Viger.