Mylène Lavoie et le conte

Art et santé mentale

Mylène Lavoie : le conte dans l’abîme et les émotions

Mylène Lavoie est une conteuse amateure de 36 ans. Sa vie est marquée par la maladie mentale depuis l’enfance. Même si elle est aux prises avec le trouble de la personnalité limite, rien ne l’empêche d’évoluer tranquillement dans le monde du conte, un art qu’elle manie avec brio.

Anders Turgeon

mylene-lavoie-conte-conteuse-art-culture-trouble-personnalite-limite-sante-mentaleMylène vit une douleur constante à cause du trouble de la personnalité limite. Appelée fréquemment le trouble borderline, cette maladie mentale est caractérisée par une grande intensité et une grande variation dans les émotions ainsi qu’une instabilité de la personnalité. «C’est comme des montagnes russes d’émotions en une couple d’heures. Mes proches me considèrent hystérique. Mon trouble me fait souffrir et je me réfugie dans la boisson, le sexe, des relations pas satisfaisantes et des comportements impulsifs», révèle-t-elle.

L’enfance et l’adolescence troubles de Mylène

La maladie mentale de Mylène trouve son origine dans sa jeunesse. «J’ai grandi avec une mère schizophrène, une grand-mère très protectrice, un père absent et une sœur plus jeune que moi qui me maltraitait. On me faisait sentir que je ne pouvais pas être capable de grandes choses», déclare-t-elle.

Isolée par son milieu familial, elle se réfugie dans les livres. «Je me suis toujours sentie différente. J’ai passé ma jeunesse dans les livres. Je vivais beaucoup dans ma tête et je n’ai pas développé mon côté social», raconte-t-elle. À défaut d’avoir des amis, elle a développé son imagination grâce à sa passion naissante pour la littérature.

Fragilisée psychologiquement par son environnement, Mylène s’effondre à 17 ans. Ses craintes incessantes et son anxiété l’ont menée à une dépression et une psychose, lesquels l’ont conduit à l’hôpital.

L’insécurité, la découverte du conte et son diagnostic

À la suite de son hospitalisation, Mylène a connu une longue traversée du désert avant de recevoir un diagnostic de trouble de la personnalité limite. «J’ai fait mes études et je me suis trouvé un emploi que je n’ai pas gardé longtemps. Je me suis fait quelques amis. N’empêche que je me sentais seule chez moi et je pleurais fréquemment», avoue-t-elle.

Alors qu’elle doit composer au quotidien avec les hauts et les bas de son trouble psychologique, elle découvre l’art du conte. «Je travaillais pour une entreprise familiale lorsque j’ai pris des cours de soir sur le conte au défunt organisme La Vingtaine. J’ai beaucoup aimé ces cours et j’ai eu la piqûre», raconte-t-elle.

Mylène a fait ses premiers pas de conteuse sur scène durant l’événement Cégeps en spectacle à 20 ans. Bien qu’elle ne gagne pas sa vie avec le conte, elle enchaîne les spectacles à un rythme régulier dans des petites salles et des cafés et elle prend régulièrement part aux soirées du Cercle des conteurs de Montréal.

Et son diagnostic de trouble de la personnalité limite arrive à l’âge de 33 ans. «Mon agente d’Emploi-Québec a voulu me référer à un programme de pré-employabilité avec un volet en santé mentale. Elle voulait aussi me faire voir un psychiatre. Elle trouvait que je n’avais pas des réactions « normales », avoue-t-elle. Contrairement aux médecins généralistes qu’elle a consultés, un psychiatre a été en mesure de lui diagnostiquer son personnalité limite.

Le conte pour contrer son état limite

Consciente d’être à la merci de son intensité et de ses émotions, elle entreprend d’utiliser ces deux facettes de son trouble mental pour les mylene-lavoie-conte-art-culture-sante-mentale-trouble-bordelinetransposer dans ses contes. «J’éprouve toujours un sentiment de vide. Je le comblais par toutes sortes d’excès. Maintenant, je suis en mesure de le satisfaire à travers mon imaginaire dans la création de mes contes. Les écrire me donne l’espoir que les choses peuvent aller mieux dans ma vie», raconte-t-elle.

Elle monte ses spectacles pour que les gens soient immergés dans ses histoires à travers ses personnages. «J’utilise l’intensité de mes émotions pour donner vie à mes personnages. Les spectateurs embarquent ainsi dans mes histoires même si leur niveau d’enthousiasme peut varier. Être en interaction avec un public comble un besoin de reconnaissance que je n’ai jamais eu étant plus jeune», confesse-t-elle.

Pour créer ses histoires, elle puise dans l’univers des contes européens, le fantastique et le côté sombre de l’humain. «Mes contes sont peuplés de sorcières, de fées et d’autres créatures fantastiques. La jalousie se retrouve aussi dans mes histoires tout comme la mort et la vengeance. La spiritualité, le bien et le mal, la morale et les embûches de la vie sont des valeurs transparaissant également dans mes contes. Elles sont très importantes à mes yeux. Mes contes ont tous un important aspect autobiographique», conclut-elle.

À présent, Mylène a plusieurs projets en tête. Elle souhaite être encadré professionnellement. Elle prépare aussi un spectacle de conte incluant une exposition de photos avec des poèmes. Nous pouvons lui souhaiter de vaincre les démons de son trouble de personnalité limite et de faire carrière en tant que conteuse, tout comme Fred Pellerin.

Voir l’article publié, à l’origine, sur le blog de Raymond Viger.

Un homosexuel peut-il immigrer au Canada?

Homosexualité et immigration

Fuir son pays pour mieux vivre son orientation sexuelle

Dans le documentaire « Une dernière chance », nous suivons Zaki Sayid, un homme gai d’origine égyptienne, dans son quotidien à Montréal. À l’image des quatre autres protagonistes du documentaire, il a fui son pays d’origine puisqu’il y était persécuté en raison de son orientation sexuelle.

Anders Turgeon

derniere-chance-documentaire-paul-emile-homosexualite-immigration-orientation-sexuelle-immigrant-homosexuel-homophobieZaki Sayid est un jeune homme gai originaire d’Égypte dont l’existence se déroule maintenant à Montréal. Son récit débute dans les prisons égyptiennes, où il a été incarcéré en raison de son orientation sexuelle, pour se terminer au Canada. En 2002, par souci de faire respecter les « bonnes mœurs », le gouvernement égyptien se lance dans une campagne de répression contre les homosexuels. Zaki fait partie des victimes de cette répression.

Arrêté pour « débauche »

À la faveur d’une séance de clavardage sur un site web pour gais, Zaki obtient un rendez-vous avec un inconnu au Caire, la capitale égyptienne. Mais cet inconnu étant un policier, il se fait arrêter sur place. Après un interrogatoire dans un ascenseur, il subit un procès de cinq minutes au cours duquel il est condamné à 3 ans de prison et 3 ans de liberté surveillée.

Aussitôt sa condamnation annoncée, il est incarcéré dans un pénitencier surpeuplé. « J’ai été amené dans une prison où nous étions 250 personnes entassées dans un local grand comme une salle de classe. Nous devions dormir recroquevillés sur nous-mêmes et j’étais la cible d’insultes homophobes », relate-t-il.

Ayant été torturé lors de sa détention, Zaki préfère ne pas élaborer là-dessus. Ni même sur les exécutions matinales de condamnés à mort ayant lieu à côté de sa cellule. Mais sa gorge se noue et des larmes coulent le long de ses joues lorsqu’il évoque le moment où sa famille a tenté d’entrer en contact avec lui. « Je ne pouvais pas parler à ma famille et elle ne pouvait pas me rejoindre. C’était horrible », se rappelle-t-il entre deux sanglots.

Libéré grâce à l’intervention d’Amnistie Internationale

Pendant que Zaki est emprisonné, ses amis parlent de son cas à Amnistie Internationale. Avec son réseau consacré à la protection des droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transsexuelles (LGBT), l’organisation travaillait déjà à la libération des homosexuels égyptiens avec le concours de Human Rights Watch.

Une campagne est aussitôt lancée et prend la forme de l’envoi de lettres de soutien, écrites par les militants d’Amnistie, pour les prisonniers égyptiens. La campagne inclut également l’envoi de lettres, pré-écrites par Amnistie Internationale, à l’endroit du président de l’Égypte Hosni Moubarak.

Selon Zaki, cette campagne contribue à le faire libérer. « Aux trois quarts de ma sentence, les autorités carcérales m’ont dit que je pouvais sortir à cause de ma bonne conduite. Mais je sais très bien que c’est plutôt à la suite des pressions internationales », plaide-t-il. Il bénéficie ensuite d’une semi-liberté durant laquelle il passe ses nuits dans un poste de police du Caire.

L’exil au Canada

Totalement libéré en janvier 2006, il ne se sent pourtant pas à l’aise de retourner dans sa région natale en Égypte. Son homosexualité ayant été révélée dans la foulée de la campagne d’Amnistie Internationale, sa famille insiste néanmoins pour qu’il mène une vie hétérosexuelle. « Lorsque je téléphone en Égypte, mes parents mettent continuellement de la pression sur moi pour que je trouve une femme avec qui me marier et fonder une famille », constate-t-il.

Zaki prend ainsi la décision d’émigrer au Canada en 2006 afin de bien vivre son homosexualité sans être inquiété par les autorités. Il aboutit à Montréal où il réside depuis ce temps. À la suite de ses démarches auprès de l’immigration, il obtient son statut de réfugié en 2007 sur les bases de l’histoire de son incarcération. Il fait ensuite des études à l’université Concordia où il obtient un baccalauréat en informatique.

Même s’il est en mesure de vivre librement son homosexualité au Canada, il s’ennuie quelquefois de son Égypte natal. Puisqu’il a immigré seul dans sa nouvelle patrie, il ne peut compter sur la présence immédiate de membres de sa famille. « Je m’ennuie de mes parents et de mes autres proches. Même si j’ai toujours peur de me faire rejeter par ceux-ci parce que je suis gai », confesse-t-il.

Les ressources LGBT montréalaises pour Zaki ne manquent pas. Il est impliqué dans Helem, une organisation pour gais et lesbiennes du Liban, qui aide également les homosexuels d’autres pays du Moyen-Orient dont l’Égypte. Il est ainsi en mesure de se créer une deuxième famille au sein de cet organisme.

Le documentaire « Une dernière chance »

Outre l’histoire de Zaki, le documentaire « Une dernière chance » suit quatre autres immigrants LGBT dans leur quête pour immigrer audocumentaire-une-derniere-chance-homosexualite-immigration-orientation-sexuelle-immigrant-homosexuel-homophobie Canada. Persécutés dans leur pays d’origine en raison de leur orientation sexuelle ou de leur changement d’identité sexuelle, ils espèrent trouver générosité et soutien dans leur nouvelle patrie.

À travers le suivi du quotidien des cinq demandeurs d’asile, des avocats et des associations communautaires LGBT témoignent en leur faveur. Ils se mobilisent également pour leur venir en aide. Parmi ces avocats et ces associations, il est possible de retrouver Noël St-Pierre, avocat spécialisé dans les causes relevant de l’immigration et des minorités sexuelles.

Produit par l’Office national du film du Canada (ONF), « Une dernière chance » est signé par le cinéaste acadien Paul-Émile d’Entremont. Ce dernier se spécialise dans les documentaires sur la quête identitaire et l’émancipation des individus.

Voir l’article publié, à l’origine, sur le blog de Raymond Viger.