Journée internationale pour les droits des femmes ou pourquoi le féminisme est toujours nécessaire

Journée internationale pour les droits des femmes

Pourquoi le féminisme est encore nécessaire

Bonne Journée internationale pour les droits des femmes! Ce billet a pour but de rappeler pourquoi le féminisme est encore nécessaire, surtout lorsqu’on est une femme et qu’on détient un poste de pouvoir.

Anders Turgeon, Dossiers Société et Féminisme

manifestation-journee-internationale-droits-femmes-parisJe reprends ici un commentaire que j’avais laissé sur un billet du blog de droite Les Analystes. Même si ce billet concernait le Conseil du statut de la femme, il s’applique également au maintien du féminisme dans son ensemble, élément qui guide les actions de l’organisme gouvernemental.

Le voici:

Bonsoir M. Sénéchal,

Je suis loin d’être en accord avec votre propos. Le Québec a fait des pas de géant pour ce qui est de la place des femmes dans la société contrairement à bien d’autres États dans le monde, mais l’égalité hommes-femmes est loin d’être acquise comme vous le prétendez.

Les exemples ne manquent pas:Graffiti-feminisme-par-Sweetsofa-Flickr
1. Combien de femmes sont à la tête d’entreprises?
2. On en demande toujours plus aux femmes qu’aux hommes pour le même type de travail.
3. Les femmes sont plus susceptibles d’êtres critiquées que les hommes sur leur travail, leur apparence, leur vie de famille, leur sexualité, etc. (http://www.fastcompany.com/3034895/strong-female-lead/the-one-word-men-never-see-in-their-performance-reviews)
4. Il est mal vu pour une femme de se dire féministe comme vous le démontrez dans votre billet, sous peine de se faire traiter de féminazie, de frustrée, de salope, etc. Pourquoi en est-il ainsi dans notre société où l’égalité hommes-femmes serait supposément atteinte?
5. Combien de femmes sont susceptibles de se faire apostropher ou agresser sur la rue? (Ça rejoint ce que vous parliez à propos de la violence faite aux femmes.)
6. Pourquoi le corps des femmes sont encore utilisés pour vendre n’importe quoi?
7. Pourquoi un grand nombre de femmes est susceptible de vivre dans la pauvreté avec un emploi précaire et/ou en étant chef de famille monoparentale?

Par conséquent, je suis pour le maintien du Conseil du Statut de la femme. Ce n’est pas en réalisant cette économie de pacotille que le gouvernement Couillard est susceptible d’atteindre l’équilibre budgétaire. Ça prend de vrais économies comme celles que vous mentionnez dans vos deux précédents billets.

En somme, malgré ce que peuvent en dire Lise Thériault, Éric Duhaime et compagnie, la Journée internationale pour les droits des femmes sert à nous rappeler qu’en dépit des avancées notables pour les droits des femmes, l’égalité est loin d’être encore acquise. Le féminisme sert à nous rappeler cela.

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Un compte rendu critique de Libérez-nous des syndicats d’Éric Duhaime

Libérez-nous des syndicats d’Éric Duhaime

Les syndicats, de progressistes à défenseurs du statu quo

Dans son essai Libérez-nous des syndicats, Éric Duhaime défend la thèse comme quoi les syndicats, devenus trop gros et puissants, empêchent le Québec de progresser politiquement et économiquement.

Anders Turgeon

liberez-nous-des-syndicats-eric-duhaime-compte-rendu-critiqueActuellement, les syndicats québécois, jadis progressistes, protègent et défendent le statu quo politique et économique de la province. Telle est la thèse défendue par le chroniqueur et polémiste de droite Éric Duhaime dans son deuxième essai Libérez-nous des syndicats. Son livre a été lancé dans la tourmente, sous escorte policière, il y a 8 mois de cela au restaurant Rebel sur la rue Sainte-Catherine Est, à proximité des studios de TVA. Il créait la controverse et se faisait vilipender par plusieurs représentants des milieux syndicaux : Louise Chabot, la présidente de la Centrale syndicale du Québec (CSQ), et Henri Massé, ex-président de la FTQ.

Éric Duhaime le personnage

Afin de mieux comprendre pourquoi Éric Duhaime se voit ainsi dénigré par la gauche et les syndicats, il est essentiel de contextualiser le personnage. Il est détenteur d’un baccalauréat en science politique à l’Université de Montréal et d’une maîtrise en administration publique à l’École nationale d’administration publique (ÉNAP). Il a déjà œuvré à la mise en place d’un système politique démocratique en Irak, au Maroc et en Mauritanie au sein de la National Democratic Institute, un ONG affilié d’un autre ONG étasunien, soit le National Endowment for Democracy. Il a travaillé en tant que conseiller politique des  anciens chefs de parti Mario Dumont (ancienne ADQ), Stockwell Day (ancienne Alliance canadienne) et même Gilles Duceppe. Il a œuvré au sein de l’Institut économique de Montréal (IEDM), OSBL véhiculant les idées de la droite économique : libre marché, individualisme, un État aminci et non interventionniste, un climato-scepticisme, etc. Omniprésent dans les médias québécois pour répéter ses mantras idéologiques sur le ton de l’évidence, il a été chroniqueur pour le Journal de Québec et au 98,5 FM.

Aujourd’hui, il travaille avec Mario Dumont, avant à Dumont 360 sur les ondes de V et maintenant à son émission éponyme à LCN. Il collabore également à Franchement Martineau à LCN, tient une chronique dans le Toronto Sun et anime Duhaime le midi sur les ondes de CHOI – Radio X Montréal. Il a cofondé le Réseau Liberté-Québec, un OSBL de droite et, comme je le mentionnais précédemment, a écrit un premier essai, L’État contre les jeunes, paru en janvier 2012. Sans oublier les controverses qu’il a déclenchées en accusant notamment Amir Khadir de dissimuler un agenda islamique ou d’avoir mangé un hot-dog destiné à des sinistrés dans le cadre de la tragédie du Lac-Mégantic.

Une lecture surprenante des syndicats

Le CV bien garni d’Éric Duhaime aide à saisir le personnage populiste qu’il s’est créé. Je m’attendais donc à lire un liberez-nous-des-syndicats-eric-duhaime-compte-rendu-critique-1ouvrage antisyndical bourré de préjugés, comme le laisse présager le titre de son essai et le passage suivant se trouvant dans l’avant-propos de son livre :

« Cette absence [de notes de bas de page et de bibliographie] est délibérée. […] Les citations ou références à des études ou à des statistiques, tout au long du texte, sont généralement accessoires et secondaires pour étayer mon propos. J’ai écrit un pamphlet politique, pas une étude scientifique. J’exprime, d’abord et avant tout, mes opinions. ».

Autrement dit, il ne fallait pas prendre son avis pour du cash.

Or, j’ai été agréablement surpris. Dans son livre, l’auteur ne se pose pas absolument contre les syndicats. Au contraire. Mais il voudrait que ces derniers reviennent essentiellement à la défense de leurs membres et qu’ils soient entièrement redevables de toutes leurs actions envers ces derniers et la société. En ce sens, il dresse un brillant bilan du grand pouvoir d’influence acquis par les syndicats au Québec depuis les années 60. En 13 chapitres, il passe aisément de l’historique des syndicats québécois à la gangrène mafieuse de la FTQ-Construction (actuellement la vedette de la Commission Charbonneau) en passant par l’opacité des livres financiers des syndicats, l’absence de liberté d’association syndicale et une obligation de verser des cotisations aux syndicats suite à l’adoption de la Formule Rand en 1946.

Dans un chapitre consacré à l’infiltration des syndicats dans les organisations de gauche, il traite du reportage d’Alec Castonguay, publié dans L’Actualité du 15 juin 2012, dans lequel il est révélé le rôle discret mais efficace des syndicats dans le conflit étudiant de l’année dernière. Dans d’autres chapitres, il dénonce les fonctionnaires syndiqués de l’État québécois assis sur leurs privilèges, les fonds d’investissement de la FTQ et la CSN ainsi que les lois anti-briseurs de grève qui, selon lui, nuisent aux revenus des entreprises et des travailleurs. Également, il se permet de revenir sur les plus récents conflits de travail, notamment ceux des Couche-Tard et du Journal de Montréal en déplorant que ce type de conflits conduit à une moins grande flexibilité et un coût plus élevé des travailleurs. En somme, il ratisse large sur le pouvoir et la mainmise des syndicats dans les sphères politique et économique du Québec.

Finalement, bien qu’il ait le mérite de dénoncer l’immense pouvoir octroyé aux syndicats québécois depuis des décennies, Éric Duhaime ne présente qu’un envers de la médaille. Il ne prend ses informations qu’auprès des sources qui corroborent ses propos : l’IEDM, l’Institut Fraser, les témoignages de gens qui pensent comme lui, etc. Quant à son style, les redondances dans ses propos abondent d’un chapitre à l’autre, notamment lorsqu’il revient sans cesse aux travailleurs qui ne sont pas consultés par leurs syndicats sur les décisions que ces derniers prennent. Et j’aurais bien apprécié qu’Éric Duhaime laisse à ses lecteurs des notes de bas de page et une bibliographie, car il doit bien posséder une liste de références consultées pour les besoins de son essai!

Quoi qu’il en soit, si vous n’êtes pas effrayés à l’idée de lire un ouvrage d’Éric Duhaime et que vous voulez entamer une réflexion sur la place des syndicats au Québec, la lecture de ce livre est recommandée.

Note: Ce compte-rendu critique a fait l’objet d’un exposé oral dan le cadre de mon cours RED2201: Écriture et médias, à l’Université de Montréal.